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Les dessous du succès du « Mittelstand »

En Allemagne quelques éléments clefs expliquent le dynamisme et la force d’exportation des PME, appelés autrement
« Mittelstand », véritable pilier de l’économie allemande.

« L’homme malade de l’Europe d’antan est devenu la femme forte de l’Europe » - La récente formule de Gerhard Schröder, chancelier allemand de 1998 à 2005, résume avant tout un fort renversement de tendance – en effet, les temps si proches où l’Allemagne souffrait d’un taux de chômage toujours en hausse, d’une croissance en berne et d’un moral pâlichon sont révolus. Aujourd’hui citer le « modèle allemand » en exemple et ses indéniables succès économiques est devenu tendance, voire incontournable. En fait une véritable mode qui énumère des performances enviables en ces temps de crise qu’il faudrait bien sûr nuancer, mais qui pour l’heure restent enviables.

Quoiqu’il en soit de cette réalité, il y a indubitablement un pilier important de l’économie allemande qui garantit son dynamisme, sa force d’exportation et la réputation du fameux label « Made in Germany » (qui vient de fêter ses 125 ans): les PME allemands, coeur du « Mittelstand ». D’où vient donc cette belle viguer? Quel est leur secret?

D'abord elles ont su profité de la mondialisation et l'ont vite intégrée comme une donnée. Par ce biais, les entreprises allemandes ont non seulement trouvé et exploité de nouveaux débouchés internationaux, notamment sur les marchés des pays émergeants, pour exporter leurs produits, mais elles ont aussi réussi à gérer de façon intelligente la délocalisation en faisant la différence entre la recherche et le développement ainsi que la fabrication de produits haut de gamme (toujours basés en Allemagne) et les produits à plus faible valeur ajoutée (dont la fabrication est délocalisée).

Un exemple parlant est l'industrie automobile en France qui traverse actuellement une période difficile. En revanche, les constructeurs allemands ont choisi de garder la recherche, le développement et l’assemblage final en Allemagne (pour avoir droit au précieux label « Made in Germany »), délocalisant une partie de leur production en Europe de l’Est où la main d’oeuvre est moins chère. Ainsi ces entreprises ont réduit leurs coûts de production sans remettre en jeu leurs forces traditionnelles que sont la qualité et l’innovation.

C’est notamment cette capacité à innover qui fait exceller les PME allemandes. Il s’agit souvent de « hidden champions », notion développée par Hermann Simon. Ces « champions cachés » qui, sans être mondialement connus, ont réussi à s’imposer comme leaders sur le marché mondial avec une stratégie de spécialisation. Ils se spécialisent dans les produits haut de gamme qui rapportent des marges importantes et leur permettent d’innover davantage et d’améliorer leurs produits de façon continue.

Tandis qu’en France ce sont surtout les grandes entreprises, notamment celles du CAC 40, qui excellent mondialement dans leurs secteurs – tout particulièrement dans l’aéronautique, l’environnement, le transport, le luxe – l’Allemagne compte pour sa part sur ses PME prospères qui génèrent plus de deux tiers des emplois salariés et rapportent environ un tiers du PIB allemand. Ce sont souvent originellement des entreprises familiales qui savent se projeter à long terme et profitent d'investissement pérennes. Au cas où la famille ne peut plus gérer son entreprise un nombre croissant de fondations garantit leur continuité, comme par exemple la Fondation Robert Bosch qui est l’une des fondations les plus importantes du pays.

Par ailleurs, le système de formation en alternance et l’importance de l’apprentissage en Allemagne sont de nature à favoriser l’implication des salariés dans leur entreprise ainsi qu’une motivation fort rémunératrice pour toutes les parties prenantes et jouent un rôle clé dans le haut niveau de qualification. Les jeunes qui sont intégrés tôt dans leur entreprise ont aussi toutes leurs chances de faire carrière et il n’est pas rare qu’un chef d’entreprise y ait fait ses premiers pas en tant qu’apprenti avant de parvenir au premier échelon de celle-ci - ce qui explique indirectement l’image positive de l’apprentissage en Allemagne qui est l’un des rares pays où le taux de chômage des jeunes n’excède guère le taux de chômage général.

Un autre paramètre du succès des entreprises allemandes réside dans ses partenariats de développement qui permettent une collaboration basée sur la confiance et la quête de complémentarité. Dans l'industrie automobile, un constructeur ne couvre qu'environ un quart de la chaîne de valeur globale, du coup une partie importante de l’innovation vient des équipementiers qui sont de facto des partenaires proches liés au succès du produit dans sa globalité. Cela va si loin que des concurrents peuvent entretenir des relations ouvertes pour créer des standards techniques communs et réduire ainsi les coûts pour tous (p.ex. dans l’électronique le consortium Autosar). Ceci permet souvent aux entreprises allemandes d’imposer leurs standards au reste du marché.

Enfin il y a le dialogue social à l'allemande, la « Mitbestimmung » (cogestion), qui profite tout autant aux entreprises qu’aux salariés : en vertu de celui-ci syndicats et patrons sont tenus à la coopération et gardent dans toutes les phases de négociation un sens de responsabilité pour la stratégie globale de l’entreprise qui va bien au-delà des intérêts particuliers. Au lieu d’une confrontation brutale, tous, au contraire, jouent un rôle actif et constructif lors des négociations. Chacun a donc intérêt à aboutir les discussions et à opter pour le consensus.

Mais la France de son côté dispose elle aussi d’atouts importants comme par exemple dans le secteur du « savoir-vivre » et de luxe. On pourrait citer parmi les facteurs de succès le crédit impôt recherche qui crée un environnement favorable à la recherche ; des pôles de compétitivité désormais plus pragmatiques ; des personnalités entrepreneuriales comme par exemple Vincent Bolloré qui a commencé dans l’industrie papetière et s’est mis aujourd’hui dans la production des voitures électriques libre-service à Paris, Autolib’ ; des PME françaises très performantes qui ont développé des spécialités uniques – telle l’entreprise familiale Radiall, fondée en 1952, qui au départ fabriquait des connecteurs coaxiaux pour l’industrie de la télévision et qui aujourd’hui produit des équipements électroniques pour plusieurs secteurs et dispose de sites de vente ou de production sur quatre continents. Un exemple parmi d’autres qui montre que l’Allemagne n’a pas exclusivité de la réussite en matière de PME et que la France garde toutes ses chances d’y parvenir.

Oliver Nass

est le Président fondateur d’ESG France, société d’ingénierie, de conseil et de formation depuis sa création en 2005. Il a fait des études de sciences économiques et de management en Suisse et en Angleterre, suivies d’un doctorat en management international en Allemagne, en France (INSEAD) et à Singapour. Avant ESG, il a été consultant, puis Manager chez Siemens Management Consulting et ensuite COO de Siemens Medical Solutions en France. Par ailleurs, il s’engage dans de nombreuses associations, souvent liées aux relations franco-allemandes, comme le Club Economique Franco-Allemand (CEFA) à Paris dont il est l’un des fondateurs ; il appartient au Conseil d’Administration de la Chambre Franco-Allemande de Commerce et d’Industrie et préside actuellement le cercle allemand Tönissteiner Kreis. Oliver Nass a la double nationalité, allemande et française.

www.osonsautrement.com